Analyse des cadres de propriété intellectuelle
Le projet inDICES vise à aider les industries culturelles et créatives, les décideurs politiques et les décideurs à comprendre l'impact social et économique de la numérisation du patrimoine culturel. Cet objectif est en partie atteint grâce à une étude juridique (courtement disponible sur la plateforme inDICES) décrivant comment le cadre juridique européen actuel et à venir en matière de propriété intellectuelle (PI) affecte les activités des institutions du patrimoine culturel.
Dans une analyse précédente, nous avons examiné l’incidence des différentes réglementations en matière de PI et des nouvelles règles de la directive sur les données ouvertes. Nous présentons maintenant les conclusions de notre deuxième rapport, le plus récent, intitulé «Legal comparative analysis for multi-level relationship involving CHIs». Il donne un aperçu des lois nationales sur la propriété intellectuelle applicables aux institutions du patrimoine culturel en Belgique, en France, en Lituanie, en Pologne, en Espagne et en Suède.
Exceptions et limitations
Nous avons sélectionné et examiné les exceptions et limitations suivantes au droit d’auteur (actes pour lesquels aucune autorisation préalable des titulaires de droits n’est requise) comme étant les plus pertinentes pour les activités d’une institution du patrimoine culturel:
l'exception de conservation, qui permet la création de copies d'œuvres dans des collections;
l'exception qui permet la communication de travaux par l'intermédiaire de terminaux dédiés dans les locaux d'un établissement;
l'utilisation d'œuvres protégées pour la publicité de leurs expositions ou ventes;
l’exception qui permet aux institutions du patrimoine culturel d’exercer des activités d’exploration de textes et de données.
Nous avons constaté que, étant donné que la directive Infosoc n'oblige pas les législateurs nationaux à inclure ces exceptions dans leur droit national, diverses solutions pourraient être trouvées dans les différents États membres. Aucun des pays que nous avons examinés n'avait mis en œuvre toutes les exceptions suggérées. La seule exception qui a été mise en œuvre dans tous était l'exception de préservation.
Toutefois, une fois mise en œuvre, la nouvelle directive CDSM améliorera la situation en ce qui concerne tant l’exception relative à la conservation que l’exception relative à la fouille de textes et de données, étant donné qu’elles seront obligatoires et soumises à des conditions similaires pour leur application.
Types d'œuvres pertinentes pour les institutions du patrimoine culturel
La deuxième partie du rapport passe en revue les lois sur le droit d'auteur dans les pays sélectionnés par types d'œuvres. Nous nous sommes concentrés sur les œuvres indisponibles dans le commerce, les œuvres orphelines et la protection des photographies non originales. Notre étude a montré que la directive CDSM a mis en place un nouveau régime permettant l'utilisation des OOCW, ce qui peut offrir de nouvelles possibilités d'exploitation intéressantes pour les institutions du patrimoine culturel. Toutefois, l'application concrète du régime dépendra des situations nationales, étant donné que des règles différentes s'appliquent dans les cas où il existe ou non des organisations de gestion collective représentatives.
Malgré l'harmonisation du cadre juridique régissant les œuvres orphelines, l'utilisation de ces œuvres reste considérablement contraignante dans la pratique et fait donc l'objet de nombreuses critiques de la part des institutions du patrimoine culturel dans toutes les juridictions.
La protection des photographies non originales est particulièrement pertinente pour la création et/ou la protection de substituts numériques. La question n’est toutefois pas harmonisée au niveau de l’UE, ce qui entraîne des différences substantielles dans la portée et la durée de la protection de ces photographies dans les États membres. Cette situation non harmonisée changera (uniquement en ce qui concerne les œuvres d’arts visuels) une fois que l’article 14 de la directive CDSM sera mis en œuvre au niveau national, car il exclut la protection des reproductions non originales d’œuvres d’arts visuels dans le domaine public.
Le rapport examine également les problèmes résultant de nouvelles règles non harmonisées en matière de droit d’auteur dans les pays de l’UE qui pourraient avoir une incidence sur les activités de numérisation, de partage de contenu en ligne et d’utilisation transformatrice des œuvres par et pour les institutions du patrimoine culturel. D’autres dispositions nationales divergentes concernent des différences dans la durée de protection d’œuvres particulières (telles que les œuvres à titre posthume) et des réglementations spécifiques divergentes dans le domaine du droit d’auteur qui visent à protéger les œuvres d’art.
En savoir plus
La complexité des règles du droit d'auteur et l'absence d'harmonisation (totale) du droit d'auteur de l'UE créent sans aucun doute des obstacles pour les institutions du patrimoine culturel qui souhaitent passer au numérique et développer leurs activités dans la société de l'information. Le projet inDICEs vise à les aider à surmonter certains de ces défis en fournissant des conseils sur la façon de naviguer dans un paysage complexe du droit d'auteur, en évaluant le cadre juridique actuel et en formulant des recommandations. Nous effectuerons des recherches sur les pratiques d'octroi de licences et la manière dont les institutions du patrimoine culturel partagent leur contenu en ligne, et nous surveillerons de près la mise en œuvre de la directive CDSM et de la directive sur les données ouvertes dans les juridictions sélectionnées. Restez à l'écoute et suivez l'actualité sur le site du projet!
Pour en savoir plus, vous pouvez également participer au deuxième atelier de consultation du projet inDICES sur les transitions numériques dans le secteur du patrimoine culturel, qui se déroulera au moyen de deux sessions en ligne les 20 et 21 avril. La première session vise à explorer les formes émergentes de production/reproduction culturelle numérique, de participation et de réutilisation des contenus dans le marché unique numérique. La deuxième session fournit une brève introduction à la gestion des droits dans les organisations culturelles et met l'accent sur le partage durable et significatif des collections.
